Architecture

La végétalisation des villes : un enjeu pour l’avenir ?

La végétalisation des villes : un enjeu pour l’avenir ?

Certains voient la végétalisation des villes comme une obsession de bobo, d’autres comme de simples annonces politiques. La réalité réside dans le fait que cette végétalisation apporte plusieurs avantages pour les urbains, car vivre à proximité de verdure procure son lot de bienfaits.

 

Des arbres pour une meilleure santé mentale

Les études sont d’accord avec ce simple constat : il n’y a que des avantages à avoir de la nature en ville.

En 2015, la revue Scientific Rapports a publié un article démontrant les bienfaits des arbres en ville. Les chercheurs ont étudié la population urbaine de Toronto et ont prouvé que la présence d’arbres donne l’opportunité aux habitants de se sentir mieux. Dix arbres supplémentaires dans un quartier produisent les mêmes avantages, en termes de perception, qu’une élévation de salaire de 10 000 euros par an. Un simple arbre, bien vert et feuillu, aurait donc le même effet subjectif qu’un compte en banque bien rempli. C’est toujours bon à savoir ! Une autre étude canadienne avait déjà démontré, en 2013, le lien pouvant exister entre la présence d’espaces verts et une meilleure santé mentale chez les habitants.

En juillet 2019, des scientifiques australiens sont aussi parvenus à la conclusion que, dans un milieu urbain, les arbres engendrent une diminution de risque des troubles psychologiques. D’après cette étude, les feuilles vertes apportent un apaisement sensoriel dans « un environnement urbain dominé par des angles droits, des surfaces dures et des publicités ».

 

Peut-on dépolluer l’air des villes avec des arbres ?

La végétalisation des villes n’apporte pas que des bienfaits psychologiques : ils sont aussi physiques. L’été 2019 a été marqué de pics de chaleurs pouvant atteindre les 40 °C. Il a été démontré que les arbres peuvent très bien créer des îlots de fraîcheur et que certains types de végétaux sont dans la capacité de dépolluer les espaces publics. L’ONG américaine The Nature Conservancy a prouvé que les particules en suspension sont ainsi diminuées de 7 à 24 % à proximité des espaces urbains.

Il ne faut toutefois pas faire de généralité : les chênes, les platanes ou même les peupliers peuvent au contraire augmenter la pollution, car ils émettent des composés volatils organiques. Pour que les villes soient verdies correctement, il ne suffit pas de mettre des arbres à tout va. De plus, cette capacité d’emprisonnement de la pollution par les arbres a principalement été mesurée en laboratoire. Une étude des chercheurs de l’université de Southampton a de cette manière établi que passer de 20 % à 30 % d’arbres à Londres n’aboutirait qu’à une diminution de particules de 2,6 %.

 

Favoriser la nature pour reconnecter ensemble les citoyens

Sur le sujet de la végétalisation des villes, il faut aussi faire attention aux fausses bonnes idées. L’architecte Philippe Madec, pionnier de l’éco-responsabilité, combat ces fausses solutions. Il réprouve même une réintroduction artificielle de la nature en milieu urbain et qualifie également les murs végétalisés de « greenwashing » (NdlR : « écoblanchiment »). Pour l’architecte, ces actions ne sont qu’un « mensonge d’un point de vue écologique ». Il reconnaît tout de même que l’intérêt de la végétalisation se trouve ailleurs : principalement dans les relations sociales entre les citoyens.

Madec pense que la végétalisation des villes est surtout une question de lien social. Plus que l’aspect écologique, il estime que les jardins partagés sont des lieux de sociabilisation. Des espaces effectivement nécessaires, étant donné que 93 % des Français se sentent facilement seul en ville, selon une étude Ipsos.

 

Les potagers urbains ne vont pas pour autant nous nourrir

Lorsqu’on parle de végétalisation des villes, on en arrive souvent au sujet des potagers urbains. Sur ce point, Philippe Madec a également un avis et il n’est pas très tendre avec ces « petits gestes ». Il confie même lors d’une interview : « je me moque souvent de ceux qui espèrent changer le monde en plantant des tomates cerise sur leur balcon. Dans les faits, c’est qu’avec un jardin familial ou partagé, vous ne produisez même pas 800 euros de légumes. Ce n’est pas avec ça que vous allez vivre. » Hugo Meunier, fondateur de « Merci Raymond », qui a pour objectif de reconnecter les citadins à la nature, ne se fait pas beaucoup plus d’illusions sur l’agriculture urbaine. C’est pourtant un farouche défenseur de tout ce qui peut contribuer à rendre les villes plus vertes. Il avoue cependant que « nourrir Paris nécessiterait 650 000 hectares à cultiver », alors que les estimations de la production locale consistent en seulement 2 à 4 % de l’autonomie alimentaire de la ville.

Malgré tout, sur ce sujet, les projets et les innovations ne manquent pas. La start-up Agricool a mis en place à La Courneuve une ferme urbaine capable de produire des fruits et des légumes. En 2020, le toit du Parc des Expositions de la Porte de Versailles a accueilli une ferme de 14 000 m². Mais tout ceci reste dérisoire par rapport à la population de la ville.

 

Doit-on quand même se reconnecter à la nature avec son assiette ?

Faut-il continuer à s’échiner à faire pousser des fruits et légumes sur son balcon ? La réponse est simplement oui. La transition écologique passe également par l’alimentation. Une personne qui prend la peine de jardiner, à plus de chance de pouvoir consommer ses cinq fruits et légumes par jour. Mais surtout, cela lui permet de prendre conscience de la provenance de ces aliments et leur saisonnalité. Les potagers de ville ont aussi pour objectif de reconnecter les gens avec leur assiette plus que de les nourrir. Il est logique de penser que lorsqu’on s’intéresse au contenu de son assiette, on se penche également sur son environnement.

De plus, la pédagogie reste au cœur de la végétalisation des villes. Les végétaux et les arbres ne sont en fait que la partie émergée de l’iceberg. Pour verdir les espaces urbains, il faudra faire bien plus que planter des centaines d’arbres ou créer des potagers sur les toits. Il est plutôt nécessaire d’imaginer des projets qui permettront à tous les habitants de s’engager en effectuant un retour vers le vivant, même dans un milieu urbain.

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